"Les Jonquilles", un poème de William Wordsworth (1770-1850)
J'allais solitaire, ainsi qu'un nuage Qui plane au dessus des vaux et des monts. Quand soudain, je vis, en foule, Des jonquilles d'or, une légion, A côté du lac, sous les branches grises, Flottant et dansant, gaiement à la brise.
Les vagues dansaient pleines d'étincelles Mais elles dansaient plus allègrement. Pouvais-je rester, poète, auprès d'elles, Sans être gagé par leur enjouement ? L’œil fixe, ébloui, je ne songeais guère Au riche présent qui m'était offert.
Car si je repose, absent ou songeur, Souvent leur vision, Ô béatitude ! Vient illuminer l’œil intérieur Qui fait le bonheur de la solitude. Et mon cœur alors, débordant, pétille De plaisir, et danse avec les jonquilles.
